
Le Mali a réalisé l’une des plus grandes performances de son histoire en battant l’Espagne 82-73, à la Coupe du monde féminine FIBA 2026. Il s’agit de la première victoire malienne en Coupe du monde depuis 2010, mais aussi d’un nouveau signal de ce que le pays construit depuis plusieurs années à travers la formation.
Seize ans. C’est le temps qu’avait attendu le Mali pour remporter un nouveau match en Coupe du monde.
Ce samedi à Berlin, la vice-championne d’Afrique a fait tomber l’Espagne 82-73, s’offrant la vice-championne d’Europe et sixième nation mondiale. L’exploit prend encore plus de relief quand on sait que l’unique précédente victoire malienne en Coupe du monde remontait à 2010, face au Sénégal. Jamais auparavant le Mali n’avait battu une sélection européenne au Mondial féminin.
Et cette victoire n’a rien d’un accident.
Un troisième quart-temps qui a tout changé
Le Mali a rivalisé avec l’Espagne pendant les quarante minutes.
Les Maliennes menaient 19-17 à l’issue du premier quart-temps et ne rentraient aux vestiaires qu’avec deux points de retard, 34-32. Puis tout a basculé après la pause.
Le Mali a inscrit 31 points dans le troisième quart-temps, en n’en concédant que 19 à l’Espagne. Après un début de match à 1 sur 9 derrière l’arc, les Maliennes se sont enflammées et ont réussi six de leurs sept tentatives à trois points sur la période. Elles ont finalement terminé la rencontre à 50 % aux tirs et 40,9 % à trois points, contre seulement 18,2 % de loin pour l’Espagne.
Au-delà de l’adresse, c’est surtout la manière qui a marqué les esprits. Le Mali a fait courir le jeu, attaqué en transition et maintenu la pression sur une équipe espagnole pourtant habituée aux plus grandes scènes internationales.
Sika Koné a une nouvelle fois montré la voie. Élue meilleure joueuse du match, elle a terminé avec 19 points et 10 rebonds. Djeneba N’Diaye l’a imitée avec 19 points, tandis que Rokia Doumbia a délivré 9 passes décisives.
Koné est au passage entrée dans l’histoire de la compétition. Il s’agissait de son cinquième double-double consécutif dans ce Mondial, une première pour une joueuse dans l’histoire de la Coupe du monde féminine FIBA.
Restées maîtresses de leur sujet dans le dernier acte, les Maliennes ont fini le travail : 82-73.
Au Mali, ces résultats ne sortent plus de nulle part
La victoire est une surprise. Mais elle s’inscrit aussi dans quelque chose de bien plus large.
Depuis plusieurs années, le Mali s’est imposé comme l’un des pays africains les plus en pointe en matière de formation au basket-ball.
Chez les garçons, la génération U19 de 2019 avait déjà écrit l’histoire. Après avoir éliminé la France en demi-finale, le Mali était devenu la première nation africaine à atteindre une finale de Coupe du monde U19 FIBA, avant de s’incliner face aux États-Unis. Sept ans plus tard, plusieurs membres de cette génération font désormais partie de la sélection senior, avec Oumar Ballo, Siriman Kanouté, Hassan Drame et Fousseyni Drame réunis lors des qualifications africaines pour la Coupe du monde 2027.
Chez les filles, la domination continentale malienne au niveau des jeunes est encore plus flagrante.
En août, le Mali a remporté l’Afrobasket U18 féminin 2026 après avoir battu le Nigeria 77-68 en finale. C’était son troisième titre consécutif dans la catégorie, après les sacres de 2022 et 2024, et son cinquième championnat lors des six dernières éditions.
Les résultats au niveau senior commencent aujourd’hui à refléter la réussite que connaît le Mali depuis des années chez les jeunes.
La formation a été au cœur de cette progression. Le basket-ball occupe une place forte dans la culture sportive malienne, et les jeunes joueuses sont très tôt confrontées à la compétition, avec un encadrement qui travaille à installer de la continuité entre les différentes catégories d’âge des sélections nationales.
Autre atout : la diaspora.
Le Mali a su intégrer des joueuses formées dans différents systèmes, notamment aux États-Unis, en France et en Espagne. L’objectif n’est pas de remplacer le travail effectué localement, mais de compléter une base nationale déjà solide avec des profils apportant d’autres expériences et d’autres cultures de jeu.
Cette combinaison est devenue l’une des plus grandes forces du modèle malien actuel.

Une victoire qui dépasse les frontières du Mali
C’est aussi pour cela que ce succès 82-73 face à l’Espagne compte au-delà du seul Mali.
Des joueurs et joueuses africains capables de rivaliser au plus haut niveau international existent depuis des décennies. L’un des grands défis du continent consiste désormais à créer suffisamment d’environnements capables d’identifier, de former et d’accompagner ces talents avant de les réunir au sein de programmes nationaux cohérents.
Le Mali offre un exemple de ce que cette continuité peut produire.
Battre l’Espagne ne signifie évidemment pas que l’écart avec les meilleures nations mondiales a disparu. Mais cette victoire montre qu’une sélection africaine peut se présenter face à une puissance européenne avec des ambitions qui dépassent la simple envie de bien figurer.
Elle peut gagner.
Et des moments comme celui-ci comptent aussi au-delà du terrain.
Après la victoire du Mali, les contenus consacrés au match publiés sur les plateformes de X Ball Africa ont généré plus de deux millions de vues. Au-delà de la performance digitale elle-même, cet engouement traduit le niveau d’intérêt que peuvent susciter, à travers le continent, les grandes performances des sélections africaines.
Une victoire face à l’Espagne fait parler. Elle crée des images et des souvenirs. Elle donne aux petites filles qui prennent un ballon à Bamako, et ailleurs en Afrique, quelque chose à quoi s’identifier et aspirer.
Le prochain défi sera de transformer ces performances de rupture en résultats plus réguliers. Car chaque moment comme celui-ci contribue, à sa manière, à renforcer la place du basket-ball africain sur la scène internationale.
Pour le Mali, l’histoire se poursuit lundi. Après une défaite de cinq points face au Japon (102-97) puis leur succès historique contre l’Espagne, les Maliennes affronteront l’Allemagne à 15 h 50 GMT pour leur troisième match de la Coupe du monde.